Bingerville : Vous avez acheté une maison, vous avez gagné un embouteillage
Bingerville est victime de son succès. L’ancienne capitale coloniale est devenue le refuge de la classe moyenne. Mais l’urbanisme n’a pas suivi. La ville fonctionne sur un schéma pendulaire toxique : Domicile (Bingerville) -> Travail (Plateau/Zone 4). Ce modèle est insoutenable écologiquement et économiquement. Si nous ne créons pas d’emplois à Bingerville, la ville deviendra un ghetto pour cadres épuisés.
Le Benchmark
A. L’exemple de Sandton (Afrique du Sud)
Regardons Johannesburg. Sandton n’était qu’une banlieue résidentielle chic. Aujourd’hui, c’est le « mille carré le plus riche d’Afrique ». Pourquoi ? Parce qu’ils ont décidé de ne plus aller au centre-ville (CBD), mais de créer le centre-ville chez eux. Ils ont construit des tours de bureaux, des centres de convention et des hôtels au milieu des zones résidentielles.
Résultat ? Les habitants de Sandton travaillent à Sandton. La richesse reste sur place.
B. L’exemple de Curitiba (Brésil)
Dans les années 70, Curitiba explosait. La ville risquait de devenir un immense bidonville dortoir avec un centre-ville paralysé, exactement comme le couple Abidjan-Bingerville aujourd’hui. Le maire architecte, Jaime Lerner, a imposé une règle simple : La densité apporte le service. Il n’a pas seulement construit des lignes de bus rapides (BRT). Il a changé le zonage : le long des axes de transport, il a autorisé des tours de haute densité, MAIS avec l’obligation d’avoir des commerces et bureaux aux premiers étages.
On ne construit pas des cités loin de tout. On densifie les axes principaux (comme le Boulevard Mitterrand prolongé) en obligeant chaque immeuble à être mixte : Boutiques en bas, Bureaux au milieu, Logements en haut (on descend de chez soi pour travailler ou acheter).
C. L’Exemple Asiatique : Tampines (Singapour)
Singapour est une île minuscule. Ils ne pouvaient pas se permettre que tout le monde aille travailler dans le « Central Business District » (CBD) au sud. Cela créait des bouchons monstres. Tampines était une zone résidentielle classique. L’État a créé le concept de « Regional Centre ». Ils ont incité (via la fiscalité et le foncier) les grandes banques (DBS, OCBC) et les compagnies aériennes à déplacer leurs « Back-Offices » (Comptabilité, IT, RH) du centre-ville vers Tampines.
Pourquoi la Direction des Impôts, les Call Centers d’Orange ou de MTN, ou les archives des banques sont-ils au Plateau ou à Marcory où le m² coûte une fortune ? Le Maire de Bingerville doit offrir du foncier pour créer un « Bingerville Business Park ». Si les entreprises viennent, les résidents arrêtent de traverser la ville.
La Solution pour Bingerville : la « Ville du Quart d’Heure »
Pour le Conseil Municipal et les Promoteurs (ADDOHA, ORIBAT, etc.), voici la stratégie de rupture :
- Zonage mixte obligatoire : interdire les nouveaux projets immobiliers 100% résidentiels. Imposer un quota de 20% minimum de surfaces commerciales et de bureaux dans chaque nouvelle cité.
- Création d’un « Business District » local : identifier une zone (ex: Route de M’Batto-Bouaké) pour y ériger des immeubles de bureaux R+4 modernes avec fibre optique dédiée. Attirer les PME, les cabinets d’avocats, les cliniques privées qui n’ont pas besoin d’être au Plateau.
- L’Incitation fiscale locale : réduire la taxe municipale pour toute entreprise qui installe son siège social à Bingerville et qui embauche des résidents de la commune.
L’Impact immédiat
- Moins de trafic : si 5 000 personnes travaillent sur place, ce sont 2 000 voitures de moins sur le boulevard Mitterrand à 7h du matin.
- Pouvoir d’achat local : le travailleur qui déjeune à Bingerville enrichit les restaurateurs de Bingerville, pas ceux du Plateau.
Conclusion
Bingerville a l’espace et la démographie pour devenir le « Neuilly-sur-Seine » d’Abidjan. Mais pour l’instant, elle risque de devenir un immense dortoir sans âme. Messieurs les décideurs, apportez le travail aux gens, ne forcez plus les gens à aller au travail.

